Soumis par Kate Jackson le jeu 14/03/2019 - 14:04

Le nombre de migrants demandant l’asile en Europe est retombé à son niveau d’avant 2014, selon un rapport récent du Bureau européen d’appui en matière d’asile. A l’approche des élections européennes, et tandis que la migration reste un sujet central au sein de nombreuses entités politiques, cette brochure a été publiée comme un instrument en vue de combattre les spéculations populistes infondées et disséminées à travers une “rhétorique alarmiste”.[1] Il est clair que la Commission a publié ce document en réponse aux avertissements des analystes et des eurodéputés quant aux menaces vis-à-vis des élections de mai prochain posées par le nationalisme et le populisme grandissants.[2] 

  

Dans ce rapport, le Commissaire européen pour la migration, les affaires intérieures et la citoyenneté, Dimitris Avramopoulos, insiste sur le fait que cela ne signifie pas que le travail de gestion des flux migratoires en Europe est terminé. Il reconnaît une baisse significative des arrivées par la plupart des pays européens possédant une frontière extérieure, mais il identifie également les points faibles des frontières extérieures européennes, comme en Espagne, et appelle à renforcer la collaboration en termes de stratégie de gestion des migrations en Europe.[3] La Vice Présidente de la Commission européenne, Frédérica Mogherini, a également insisté sur le succès des coopérations mises en oeuvre avec les Etats voisins de l’Union européenne ainsi qu’avec l’Union africaine et les Nations Unies en vue de répondre aux évolutions migratoires globales. Ces déclarations montrent la volonté, de la part des décideurs politiques européens, de créer un système plus global de gestion migratoire.

Frontex Arrival Statistics 2015-2019

Les piliers de la stratégie actuelle

Le rapport rappelle l’importance donnée par le Parlement européen au retour rapide, sûr et effectif à travers des mesures temporaires et la mise en oeuvre de systèmes durables et de long terme, ceci grâce à une réforme du mécanisme de Dublin, qui a pour but d’administrer la responsabilité des Etats membres en termes de contrôle et de relocalisation des demandeurs d’asile.[4] Toutefois, le processus de réforme du Régime d’asile européen commun, dont le mécanisme de Dublin fait partie, a été étudié pendant des années sans qu’aucun accord ne puisse être trouvé entre les Etats du sud-est de l’Europe, qui possèdent des frontières extérieures, et les Etats du nord de l’Europe.

 

Dans la stratégie actuelle, deux des quatre piliers du nouvel Agenda européen pour la migration sont centrés sur le processus de retour.[5] Plus généralement, la brochure rappelle l’attitude européenne en termes de résolution de conflits dans la région voisine, et continue de renforcer ses frontières extérieures en vue de créer un corps de gardes-frontières de 10 000 personnes à la disposition des Etats membres. En réponse à l’argument selon lequel l’UE est en train de créer une “Europe forteresse”[6], le rapport rappelle l’acceptation d’environ 50 000 demandeurs d’asile depuis 2015 via une procédure “sûre et légale”, et la relocalisation d’environ 720 000 réfugiés dans toute l’Europe, vantant un nombre trois fois plus élevé que celui des réfugiés en Australie, au Canada et aux Etats-Unis réunis durant la même période. Cependant, cette affirmation semble quelque peu creuse puisque ces trois pays sont bien plus retirés, géographiquement parlant, et ont par ailleur vu les discours politiques en leur sein profondément affectés par une ferveur anti-migration.[7,8

 

Un plan migratoire “à l’épreuve du futur”?  

Cette stratégie de renforcement des frontières et de résolution des problèmes “sur place” semble négliger la possibilité pour l’UE de montrer l’exemple au reste du monde en termes de préparation au changement climatique et aux flux migratoires qui en découleront. En juillet 2018, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a qualifié le changement climatique de “multiplicateur de menaces”,[9]  nsistant ainsi sur ses effets d’accentuation des tensions politiques, sociales et économiques là où ses impacts locaux sont les plus concrets. Des chercheurs et experts ont développé l’idée du changement climatique en tant que menace sécuritaire depuis les années 80[10,11] : la sécheresse, la désertification, la dégradation des terres, l’insécurité alimentaire constituent de fait une des principales menaces qui affectent les populations locales. Il est donc urgent que l’UE commence à considérer le réchauffement climatique comme une cause importante des futures migrations, dès lors que ses effets aggraveront inévitablement les conflits locaux en sapant l’économie locale et en détruisant la capacité des individus à assurer leur propre subsistance.

 

A l’approche des élections européennes du mois de mai, on peut s’attendre à des développements dans la rhétorique et les discours politiques à propos de la stratégie européenne en termes de migration. Une vision forte et unifiée de l’approche migratoire européenne est essentielle en vue de créer un plan durable et “à l’épreuve du futur”, comme semble l’évoquer le discours de M. Dimitris Avramopoulos dans son discours sur l’Agenda européen pour la migration.[12] Il s’agit maintenant de savoir quelle vision du futur guidera cette stratégie.