Soumis par Fernando Aguiar le jeu 20/12/2018 - 16:00

Il n’existe pas qu’une seule définition de l’extrémisme violent et de ses causes profondes, tout comme il n’existe pas de chemin unique vers la radicalisation. D’après les spécialistes, la violence sociale et psychologique prospère dans un éventail varié de contextes socioéconomiques, qu’elle provienne des sociétés les plus défavorisées où la population locale n’a pas ou peu de perspectives économiques, ou des pays industrialisés jouissants de conditions de vie élevées. En clair, on voit souvent l’EV comme « encourageant, acceptant, justifiant ou soutenant la perpétration d’un acte de violence pour atteindre un objectif politique, idéologique, religieux, social ou économique ».[1]

Classer les moteurs de l’extrémisme violent

Si on s’intéresse aux causes profondes de l’EV ainsi qu’aux facteurs qui l’entoure, il est essentiel d’analyser les moteurs de tels actes en se basant sur un cadre de classification robuste. Il convient de souligner cependant que les moteurs de l’EV varient constamment suivant le contexte et l’époque. En outre, les hypothèses devraient être examinées minutieusement en permanence, car certains facteurs ne correspondent pas nécessairement aux actes d’EV. Par conséquent, il y a un besoin capital d’analyser les moteurs clés d’après l’endroit où ils ont lieu. D’après le classement de l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), il existe deux facteurs distincts et liés qui s’intéressent aux moteurs de la radicalisation : les facteurs d’attraction et de répulsion.

Alors que le premier désigne des facteurs structurels qui contribuent à « l’augmentation et à la propagation de l’extrémisme violent », y compris la marginalisation et fragmentation sociale, le second, lui, fait référence aux « récompenses personnelles » telles que la motivation par la récompense, l’autonomisation et le sentiment d’appartenance [2] . D’autres variables des facteurs d’attraction lies à l’identité, la spiritualité ou la foi d’un individu ont une importance considérable, tout comme la recherche de la dignité, du respect et de la reconnaissance. L’héritage historique et les condamnations de domination étrangère, d’assujettissement et d’oppression de la population peuvent donner naissance à d’autres moteurs. Il est évident que la domination étrangère et la colonisation ont eut des conséquences profondes, non seulement sur la façon dont sont structurés les sociétés aux niveaux politique et économique, mais aussi sur la façon dont les populations locales perçoivent l’ « ouest ». Dans ce contexte, comme souligné par l’USAID, « les perceptions amènent les acteurs enlisés dans des conflits locaux à croire qu’ils sont soutenus dans leurs efforts par un élan international, et qu’ils participent à un combat bien plus important, à une épopée qui se déroule au niveau planétaire ». Cette histoire peut créer une grande incitation à l'autonomisation en augmentant le recours systématique aux actes violents.

Mis ensemble, les deux catégories USAID démontrent à quel point les conditions favorisent les actes d’extrémisme violent. Par exemple, lorsque les femmes ont été mises à l’écart des processus politiques, qu’elles n’ont pas de perspective d’emploi viable, qu’il n’existe pas de répartition des ressources dans le cadre du mariage, qu’elles n’ont qu’un accès limité à l’éducation et à la prise de pouvoir politique, elles peuvent devenir plus ouvertes aux changements extrêmes, usant à la fois de moyens violents et non-violents pour y parvenir [3].

 

Les niveaux de pauvreté élevés ont parfois poussé les hommes et les femmes à rejoindre des groupes extrémistes afin d’améliorer leur statut politique et socioéconomique . Plusieurs recherches empiriques menées par des experts de la Banque Mondiale ont démontré le lien entre la pauvreté et l’extrémisme violent. Hans et Blomberg ont par exemple observé que plus le pays est pauvre, plus il est vulnérable et à même de souffrir de l’extrémisme violent . En plus de cela, Alan Krueger et David Laitin déclarent que les « terroristes ont plus de chances de venir de pays à faibles revenus dont la croissance du PIB est faible[6]. » Malgré ces preuves, il est important d’éviter les explications déterministes des actes d’extrémisme violent. Les dépravations et frustrations économiques peuvent être des moteurs capitaux qui contribuent à l’EV, mais pas des moteurs déterministes.

When analyzing the profile of suicide bombers, for instance, Nasra Hassan emphasized that none of the perpetrators were uneducated, deprived from economic means and narrow-minded. Rather, according to her, many were middle-class, had a job and some few very wealthy. Similarly, Claude Berrebi provides more detailed information on this trend, observing that only 14% of suicide bombers from his analysis came from families below the poverty line, and almost 60 % had graduated from high-school..

En analysant les profiles de kamikazes par exemple, Nasra Hassan a souligné qu’aucun des auteurs des attaques n’était sans instruction, dépourvu de moyens financier ou fermé d’esprit. D’après elle, beaucoup était plutôt issus de la classe moyenne, avait un travail et quelques uns étaient riches . De la même manière, Claude Berrebi offre des informations plus détaillées à ce sujet, notant que seul 14% des kamikazes de son analyse provenaient de familles vivant sous le seuil de pauvreté, et presque 60% avaient obtenus leur diplôme d’études secondaires [8].

Le système de classification de l’USAID est complet en lui-même, car il catégorise et codifie des aspects et des conditions à l’extrémisme violent et à la radicalisation. Une étude menée par le Royal United Services Institute On Security and Defense (RUSI) a développé une approche complémentaire pour que l’identification des personnes « à risque » via ces moteurs soit la plus claire possible, étant donné que ces derniers varient d’un contexte à l’autre .[9]

D’après Khalil et Zeuthen, « alors que la simplicité du système binaire de classification (de l’USAID) est particulièrement attrayant, dans les faits, l’idée des facteurs d’attraction en particulier est propice à confusion. » Le cadre proposé comprend trois catégories liées :

  • •Les motivations structurelles : similaires aux facteurs de répulsion explicités par l’USAID, ils expliquent les « comportements qui soutiennent les objectifs présumés de l’EV » tels que la répression, la corruption, l’inégalité, la domination étrangère, etc.
  • Les motivations individuelles : semblables à un grand nombre de facteur d’attraction décrient par l’USAID, tels que le sentiment d’appartenance, le statut, la peur de la persécution, etc.
  • Et les facteurs favorables : moteurs clés qui permettent à la violence d’avoir lieu, plutôt que d’en être le motif, comme la présence dans des contextes dans lesquels les actes violents sont évalués, la présence de dirigeants radicaux, un accès plus facile aux communautés radicales en ligne, etc

Alors qu’un grand nombre d’éléments des deux cadres de classification converges et d’autres se complètent, il existe un dénominateur commun présent au sein des deux qui correspond à l’attention donnée au contexte. Il ne peut y avoir de théorie générale et communément acceptée qui explique les causes profondes de l’extrémisme violent, car la réponse à ce problème varie d’un contexte à l’autre.

 

La dimension sexospécifique

 

Il existe une dimension sexospécifique très importante dans l’extrémisme violent, car les hommes tout comme les femmes sont sensibles à divers moteurs spécifiques, en partie en raison des rôles genrés qu’on leur attribue. Comme souligné par l’OSCE, des facteurs tels l’inégalité des sexes, la discrimination ainsi que la violence de genre peuvent devenir de potentiels moteurs dans le processus de radicalisation des femmes , alors que d’autres facteurs contribuent à l’engagement des hommes dans l’EV. Comme le déclare l’institut des Etat-Unis pour la paix :

« L’impression de réussite des hommes dans la réalisation des mandats sociaux (ou la frustration de l’échec) en interaction avec les facteurs contextuels et individuels peuvent aider à expliquer pourquoi les hommes deviennent des combattants, ainsi qu’à déterminer lesquels se battent, et lesquels ne se battent pas . »[13].

Certains professionnels et experts ont soulignés les preuves empiriques suggérant que l’extrémisme est fortement lié à la rigidité des rôles des genres. Harald Weilnböck par exemple, affirme que la grande majorité des extrémistes violents sont également porteurs de valeurs sexistes. Cependant, cette rigidité est en train de changer à mesure que les femmes obtiennent de plus en plus de postes à responsabilité, comme nous l’avons vu dans le premier chapitre.

Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : comme les rôles sexospécifiques sont fortement déterminés par le contexte social et culturel, il est capital d’analyser de près les relations entre le genre et l’extrémisme violent ainsi que les différentes dynamiques et variables dans lesquelles ces actes ont lieu. Plus généralement, une compréhension détaillée et globale du contexte est une première étape vers des solutions politiques efficaces contre l’EV. Etant donné que l’extrémisme violent se développe normalement dans un mélange de différents facteurs et dynamiques, incluant un ensemble diversifié d’individus d’origines différentes, une seule explication ne peut suffire à en expliquer les causes profondes.

Par la suite, nous analyserons les différents types d’initiatives politiques développés par l’UE, et dans quelle mesure cette institution intègre une perspective de genre dans ses initiatives sur l'extrémisme violent.