Le partenariat stratégique entre l'Algérie et la Russie a atteint un nouveau niveau en Janvier dernier, inscrivant de nouveaux domaines de coopération stratégiques dans l'agenda bilatéral. Dans un contexte de relations tendues avec les puissances occidentales, les efforts de la Russie pour accroître sa présence dans un pays partenaire international majeur et riche en ressources, ont suscité des inquiétudes que l’Algérie pourrait s’aligner sur la politique étrangère de Moscou.



Fin janvier, l'Algérie et la Russie ont réaffirmé leur volonté de faire progresser leurs relations et leur coopération lors de la 9ème session de la Commission Economique mixte Algéro-Russe (1). Cette session visait à renforcer la coopération bilatérale et à explorer de nouveaux domaines de coopération (2). L’Algérie est le premier client Africain de la Russie dans le domaine de la vente d’armes, suivie par l’Égypte et le pays a fondé ses relations avec la Russie. Le domaine de l’énergie figurait également à l’ordre du jour bilatéral, même si les sociétés Russe Gazprom et Algérienne Sonatrach sont en concurrence dans le domaine de la production d’énergie à base de gaz naturel sur le marché Européen (3). Le partenariat renforcé Moscou-Alger, notamment dans les domaines de l’énergie et de la sécurité, témoigne à la fois de la volonté de la Russie d’accroître son influence dans la région et de la volonté de l’Algérie de peser davantage sur la scène internationale. Les efforts soutenus déployés par la Russie, en particulier dans le contexte des sanctions imposées par l'Union Européenne et les États-Unis, soulignent également la volonté Russe de trouver de nouveaux partenariats solides, en particulier dans un pays riche en ressources naturelles. Ce document examinera le contenu et l’évolution du partenariat stratégique avant d’en évaluer les implications pour la politique étrangère Algérienne.

 

Un partenariat stratégique


Depuis son indépendance en 1962, l'Algérie a recherché un partenariat avec le système économique et politique soviétique (4). Les relations entre l'Algérie et l'URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques) portaient principalement sur la coopération militaire et comprennent aussi la vente d'armes. Cela résultait de la réticence des pays occidentaux à livrer les armes souhaitées (5). De 1962 à 1989, l’Algérie a dépensé environ 11 milliards de dollars pour acquérir une certaine des armements les plus modernes de l’Union soviétique, notamment des avions, des chars, divers navires, des armes légères et des munitions (6). Cependant, les relations Russo-Algériennes ont ralenti pendant une décennie après l'effondrement de l'Union soviétique et la guerre civile que l'Algérie a connues dans les années 90. Mais, quand Abdelaziz Bouteflika est devenu Président de l'Algérie en 1999, les deux pays ont renforcé leurs relations sous la présidence de Vladimir Poutine (7). La Russie a ainsi pu élargir sa présence politique et économique au Maghreb et redéfinir sa politique étrangère en Afrique du Nord. Cela a également permis à l'Algérie de mettre fin à son isolement international depuis la guerre civile et de s'établir sur la scène régionale et internationale (8).

Au cours de sa visite officielle en Russie en 2001, le Président Bouteflika a signé deux documents importants visant à renforcer et à renforcer la coopération entre les deux pays: un accord entre les Ministères de la Défense et une déclaration de partenariat stratégique, le premier traité de ce type signé par la Russie. avec un pays Arabe ou Africain (9). Après trente ans sans visite d'un haut responsable soviétique en Algérie, Vladimir Poutine s'est rendu à Alger en 2006. Lors de cette visite, la dette Algérienne a été annulée (4,7 milliards de dollars) (10) et une série d'accords de coopération économique ont été signés (11). Cette dette revien à la période où l'URSS a aidé les pays qui faisaient partie de son bloc idéologique. L'Algérie avait déjà remboursé une partie de ses dettes soviétiques en envoyant gratuitement des produits alimentaires et hygiéniques en Russie à un moment où la situation économique etait difficile là bas (12). En outre, en Août 2006, la société gazière Russe Gazprom et la société Algérienne Sonatrach ont signé un protocole d'accord qui a cause une crainte d’une augmentation éventuelle du prix du gaz (13). Depuis lors, les deux pays se sont rencontrés à plusieurs reprises dans le cadre du partenariat stratégique et ont accéléré leur coopération.

Ce nouveau partenariat contraste donc avec celui des années 90, marqué par un affaiblissement significatif de la présence Russe dans la région (14). La Russie a connu une crise financière et économique profonde qui l'a empêché de mener des actions concrètes en Afrique du Nord. Cela contraste vivement avec les actions Soviétiques menées dans la région pendant la Guerre Froide, alors que l'URSS œuvrait pour la promotion d'une influence idéologique, économique et militaire (15). Ainsi, lorsque la Russie est sortie de la crise économique au milieu des années 2000, Moscou s’est efforcée d’accroître et d’établir sa présence dans la région (16). Par exemple, la Russie a obtenu le statut d'observateur auprès de l'Organisation de la Coopération Islamique en 2007 (17).

 

Relations Algéro-Russes: la situation actuelle


Aujourd'hui, Moscou et Alger reposent sur un important accord de coopération militaire et énergétique, que les deux pays renforcent à un moment où le marché mondial de l'énergie est en train de changer (18). Le 23 Janvier, dû invitation de son homologue algérien, Sergueï Lavrov, chef du corps diplomatique de la Russie, s'est rendu à Alger pour deux jours. À cette occasion, Sergueï Lavrov a annoncé que cette visite faisait partie des efforts déployés pour coordonner leurs efforts et leurs actions dans le domaine de l'énergie (19). Cette visite a mis en évidence la volonté de Moscou de renforcer le partenariat économique avec l'Algérie et de rester un acteur clé en Afrique du Nord. Selon Sergueï Lavrov, les échanges avec l'Algérie ont déjà dépassé les 4,5 milliards de dollars (20). En outre, le Ministre Russe a annoncé qu'il était prêt à discuter avec son homologue Algérien de la possibilité d'une suppression des visas pour les titulaires de passeports ordinaires (21).

Cette visite a été suivie par la 9ème session de la Commission Economique mixte Algéro-Russe qui s'est tenue du 28 au 30 Janvier dans le cadre du dialogue politique en cours entre les deux pays depuis la signature de la déclaration commune sur le partenariat stratégique entre l'Algérie et la Russie 2001 (22). A cette occasion, le Ministre Russe de l'Énergie, Alexandre Novak, a annoncé que les deux pays pourraient se mettre d'accord sur le lancement potentiel de projets communs dans les domaines de la cybersécurité et de la télémédecine, mais également sur les livraisons de blé (23). En outre, les deux pays ont exploré de nouveaux domaines de coopération, tels que la cybersécurité (24). La 9ème session de la Commission mixte Algéro-Russe de coopération économique, commerciale, scientifique et technique s'est achevée par la signature d'un procès-verbal de la réunion contenant des recommandations pour le renforcement de la coopération bilatérale (25). Le Ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, et le Ministre Russe de l'Énergie, Alexandre Novak, coprésidents de la Commission mixte, ont signé le procès-verbal de la session, qui comprend plusieurs recommandations multisectorielles pour le développement et le renforcement de la coopération bilatérale (26). Dans ce contexte, des réunions seront organisées régulièrement afin de discuter de nouvelles possibilités de coopération (27). Cette neuvième session confirme donc le partenariat affiner qui unit les deux pays, ce qui met en évidence les efforts constants de Moscou pour se rétablir dans la région et devenir une forte puissance mondiale.

 

Une ingérence Russe dans la politique étrangère Algérienne?


L'Afrique du Nord représente un nouveau partenaire stratégique pour la Russie, permettant d'éviter les sanctions de l'UE et des États-Unis à la suite de ses actions dans les Balkans (28). Ces efforts soutenus déployés par la Russie en Algérie, en particulier le fait que la Russie ait annulé une grande partie de sa dette, traduisent une réelle volonté d’accroître son influence dans la région et de faire progresser ses intérêts économiques en termes de services commerciaux, militaires et de défense dans un contexte politique plus favorable, pour devenir un acteur régional majeur. Il est vrai qu’en raison de la conditionnalité de l’UE et de la réticence des occidentaux à fournir des armes, cela a conduit l’Algérie à rechercher de nouveaux partenaires. Et bien, Moscou s’est efforcé de resserrer ses liens économiques et diplomatiques avec Alger, ce qui a donné l’Algérie le titre de partenaire stratégique sur le continent Africain(29), ce dernier a toujours réagi contre toute ingérence étrangère dans ses affaires intérieures (30).

De plus, l’Algérie recherche la neutralité dans la conduite de sa politique étrangère. Cela permet à l'Algérie d'établir des relations économiques et diplomatiques avec les États-Unis d'Amérique, l'Union européenne, la Chine et la Fédération de Russie. En effet, la Russie a toujours du mal à concurrencer l'UE et la Chine, qui restent toutes deux très actives dans la région. Par exemple, malgré ses relations étroites avec Gazprom, l'Algérie exporte 80% de son gaz en Europe (31). Et, alors que les relations entre l’UE et la Russie se sont compliquées au cours de la dernière décennie, le gouvernement Algérien refuse d’être impliqué d’une manière ou d’une autre. Un autre exemple est la création récente du groupe parlementaire d'amitié Algéro-Ukrainien, qui vise à renforcer la coopération bilatérale au plus haut niveau (32). De plus, Alger et Washington ont récemment renforcé la coopération bilatérale, notamment dans le domaine de la sécurité (33). Ainsi, bien que le partenariat stratégique avec Moscou soit un exemple clair de l'engagement de l'Algérie envers le pays, celui-ci ne semble pas prendre position par rapport à la Russie, préférant rester un acteur international neutre dans le souci de préserver ses relations avec les puissances occidentales (34). Cela peut être considéré comme une posture géostratégique adoptée par Alger, notamment dans le contexte d'une élection présidentielle incertaine.

Suite à la démission d'Abdelaziz Bouteflika et de son mandat pour le cinquième mandat (35) et compte tenu du nouveau domaine de coopération avec Moscou mentionné ci-dessus, l'avenir dira si le prochain président algérien suivra la même ligne de conduite: poursuivre une politique étrangère de neutralité et à poursuivre ses efforts pour faire de l’Algérie un acteur régional et international fort.