Les événements qui bouleversent l’Algérie depuis le 22 février provoque un changement dans la perception que nous avons de ce pays, tant par les effets politiques qu’ils provoquent que par les formes que prend le mouvement de protestation. Nous assistons à un moment charnière et, probablement, au renouvellement politique de l’Algérie.


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Déjà en 1988, un mouvement de manifestations, à la suite de la mort de 500 jeunes tués par l’armée, un gouvernement a été emporté et avec lui une partie du régime politique, laissant place au gouvernement réformateur de Mouloud Hamrouche qui tenta de réformer le système et d’accorder une respiration sociale à la population.

Ce qui se passe en Algérie n’affectera pas l’ordre mondial. Toutefois il affectera le destin des autres pays du Maghreb et sans doute du monde arabe, qui observe avec curiosité l’évolution de la situation dans ce pays singulier. Depuis son indépendance en 1962, l’Algérie s’est forgée l’image d’un pays jaloux de sa souveraineté et qui place le primat de son indépendance comme pilier de la construction nationale.

 

Le dépassement des certitudes


Le mouvement actuel, Hirak, remet en cause à la fois la centralité du discours sur l’indépendance, et le risque de laisser l’Algérie gouvernée par les islamistes. Ce qui frappe les observateurs extérieurs c’est que ces deux éléments sont désormais considérés par les algériens comme appartenant au passé et que l’avenir se construit, il ne se donne pas en héritage.

L’échec des islamistes (Irak, Syrie, Yémen ou Afghanistan) rendent cette hypothèse politique moins dangereuse et ne menace plus la stabilité de la société algérienne. D’autre part nous assistons de l’autre côté de la méditerranée à la structuration d’une jeunesse hyper connectée, par les nouveaux outils de communication, qui bénéficie d’une diversité de moyens d’informations, et rend le contrôle politique exercé jusque-là obsolète.

Le « moment algérien » est en phase avec les aspirations d’une majorité de la population parce qu’il évolue plus vite que le régime. Nous sommes en train de vivre l’émergence d’un monde nouveau, post guerre froide et le Hirak est dans ce tempo parce qu’il est en communion avec la nature de ce début de XXIè siècle.

 

 

La France, l’Algérie et l’Europe ?


Nul ne peut nier la profondeur du lien entre l’Algérie et la France, il ne tient pas seulement à la colonisation, il s’inscrit dans un processus social et politique entre les deux rives de la méditerranée. Même si elle s’estompe progressivement comme cela fut le cas pour les immigrations précédentes (italiennes, espagnoles ou portugaises), elle conserve des racines et des liens avec le pays d’origine et la France ne peut être indifférente à cette réalité.

Dans ce ménage à deux, il y a un nouveau partenaire qui joue un rôle de plus en plus important : l’Europe, dont les institutions sont représentées à Alger. La stratégie européenne consiste à s’implanter durablement par le commerce et les relations économiques. L’Europe est influente en raison de sa puissance économique elle doit à présent recueillir les fruits de sa politique et favoriser l’intégration régionale (Union du Maghreb Arabe), afin de dialoguer à 2 et non dans le cadre du 5+5 comme cela est le cas actuellement. L’Europe est également un géant aux pieds d’argile, l’addition de ses membres (27 aujourd’hui), ne fait pas une puissance militaire. L’UE a des intérêts importants en méditerranée et elle doit se préserver face aux nouvelles menaces (terrorisme et migrations), l’Algérie ou le Maroc sont déjà des partenaires de l’UE dans la lutte contre les trafics et les groupes terroristes.

L’Europe doit avoir au sud des alliés solides, fiables et durables. Il faut en finir avec l’ère des partenariats et passer à une phase stratégique de la relation entre les deux rives de la méditerranée.

La position géographique et le rôle de l’Algérie conduisent la France et l’Europe à ménager leur partenaire du sud. Pour faire face aux migrations et au terrorisme l’Algérie est un allié incontournable, toutefois le temps est venu pour les pays du nord de la méditerranée de développer une stratégie globale dans la gestion des risques et accorder à l’Algérie les moyens de son développement économique pour garantir la stabilité politique.

Le Hirak en cours est une bonne occasion de revoir la politique avec la rive sud de la méditerranée et mettre en place un nouveau projet.

Le renouveau tant à l’intérieur de l’Algérie qu’à l’extérieur de l’Algérie et dans ses relations avec la France est une nécessité.